Dimanche 28 juin 2009
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Dédié à Malano,
Le soleil est au rendez-vous et diffuse sa lumière chaude...pourtant , aujourd'hui je conduis ma voiture de façon
automatique, l'esprit perdu dans des méandres philo-éthiques où je dois répondre à la question... oui / non!
Virages après lignes droites...je file vers ce rendez-vous fatal et inéluctable, assailli par d'indiscibles remords et /ou de fortes convictions.
11 heures, déjà!
Daniel m'appelle sur mon portable: "ok, j'arrive!"; puis dans l'instant mon épouse me convainc d'appuyer sur l'accélérateur. Confortablement installée à mes côtés, Vaimiti, ma fille, me pose
d'innombrables questions mais ses sujets ne trouvent écho à ma problématique du jour, et je lui réponds de façon évasive et sans enthousiasme.
Oui, aujourd'hui, je suis en route vers une transformation qui m'indispose.
Toi, Malano, mon bel étalon , fierté de ma vie, je viens vers toi, pour te priver de ta virilité!
Une décision sage selon l'aveu général...non parce ce que tu manifestes des comportements dangereux lorsque tu es seul,
Mais parce que ton aptitude au cabrage rend inenvisageable la cohabitation avec tes congénères, surtout féminines.
(Précision utile: dans la situation présentée, instantané photographique...la chambrière change de côté...et n'est en aucun cas armée pour punir!!!)
12 heures! Préparation du matériel...arrivée du vétérinaire.
Lorsque j'arrive en bordure de la prairie, Malano m'accueille avec hénissements, croupades, galops!... Il sait! Je viens lui apporter ses friandises préférées. Impatient...le futur patient se
cabre, piaffe et me démontre son énergie et sa joie de me voir!
Oubliant un instant ses aptitudes défensives, il accepte sans rechigner la passation du licol. Sympa aujourd'hui ... Malano, mais tu sèmes en moi un trouble décisionnel!
Luziana, sa compagne a très tôt perçu l'anormalité de la situation. L'Homme-inconnu qui s'affaire dans le coffre de sa voiture à
rassembler toute une panoplie d'instruments et de fioles...est étrange!. "Lucide", elle choisit de prendre de la distance et d'observer de loin l'évolution de la situation.
Quant à Malano, il accepte de me suivre tout en jetant de furtifs regards arrières vers le coffre de ma voiture...car il sait que c'est de là que la récompense arrive. La glacière orange
contenant les granulés...il connaît...et guette son extraction.
Sans résistances, il se laisse conduire dans le carré voisin de son pré, sans même un regard envers sa compagne toujours attentive et distante.
Même pas peur de la piqûre!
On dirait qu'il nous offre son encolure.
Après quelques instants, une seconde injection en intra-veineuse: "attention, préparez-vous!" nous intime le vétérinaire. Effectivement, en moins de trois minutes, les 2 grammes de Nesdonal,
invitent l'étalon à céder et ployer ses articulations pour mollement, souplement...s'abandonner et se coucher. Placé à sa tête, je soutiens et accompagne le mouvement. Râles et ronflements nous
informent très vite qu'il se perd dans les nimbes et rêveries de ses conquêtes futures. Rapidement une sangle entrave le postérieur lequel tiré en avant dégage les objets de notre indécente
convoitise. Au premier coup de bistouri, la réaction à la douleur exige une deuxième injection...puis le vétérinaire dégage le premier testicule, pose la pince hémostatique. Cinq minutes s'écoulent
ponctués de râles. J'enfile des gants stériles pour aider le vétérinaire à ligaturer le complexe artério-veineux. Dans mes mains, je contrôle la position de la pince et reçois après
résection la forme ovoïde blanc nacré.
Soudain, je me sens accablé de douleurs compatissantes!
Seconde intervention; puis aseptisation, obturation partielle des tissus extérieurs, film argentique de protection...retrait des champs opératoires...Fin de l'opération!
Malano ronfle bruyamment, ses yeux mi-clos n'expriment aucune amertume...tout doucement il reprend vie sous notre bienveillante attention.
Courageux, il tente à plusieurs reprises de se redresser, mais l'anesthésie officie encore. A la cinquième tentative, bien que
titubant, hébété et ivre, il parvient à se remettre sur ses quatres pieds-chancelants. Par intermittance il se regarde les flancs (sans doute ressent-il des douleurs localisées) puis tente un pas
incertain en avant vite réfréné par son instinct de conservation de l'équilibre. Peu à peu, ses yeux vaporeux retrouvent éclat et lumière.
20 minutes...30 minutes...1 heure...enfin il ose quelques pas en avant suivis d'une pause...Bref, après quelques hésitations il regagne sa prairie où l'attend sa compagne. Immédiatement elle
pose sa tête sur l'encolure de son "homme". Que se disent-ils en cet instant intime?
Je ressens un sentiment coupable alors qu'elle semble lui sussurer à l'oreille: "ne t'inquiète pas, je suis là, près de toi...je t'aime!"
Le soleil qui m'a accueilli tôt ce matin s'enfuit; une pénombre progressivement m'enveloppe. Je dois partir à regrets.
Dès le lendemain, je rends visite à mon cheval convalescent. Il reconnait la voiture, hennit, et d'un pas encore douloureux me rejoint. Je suis médusé par sa capacité de récupération: aucun oedème,
cicatrice propre, l'oeil vif, et manifestement heureux de se coller contre moi.
Après une nuit cauchemardesque, je renais à la vie, car je sais maintenant que nous allons profiter égoïstement l'un de l'autre.
Merci, Malano...Je t'aime!!!
Signé: Jackandalou!!!
Par jackandalou
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